Lorsqu’on sillonne le Beaujolais ou le Mâconnais, difficile de rester insensible à la beauté des paysages vallonnés. Mais ce relief en apparence bucolique n’est pas qu’un décor : il façonne l’identité même des vins de nos régions. À l’origine, l’homme s’est installé sur ces collines et coteaux pour y cultiver la vigne, guidé par des raisons aussi pratiques que gustatives. Aujourd’hui, il est reconnu que plus de 80 % des plus grands vignobles mondiaux s’étendent sur des pentes : de la Bourgogne à la Vallée du Rhône, des coteaux de Champagne aux terrasses escarpées du Douro (source : Institut National de l’Origine et de la Qualité, INAO).
Mais quels sont ces avantages qui rendent les collines et coteaux presque indispensables à la viticulture ? Entre influences climatiques, effets sur la maturation du raisin, lutte contre les maladies et identité du terroir, explorons ces aspects qui font toute la différence.
Le relief n’est pas un simple décor de carte postale : il multiplie les microclimats, permettant à chaque parcelle de vigne de révéler son caractère propre.
Dans le Mâconnais comme dans bien d’autres régions viticoles réputées (Mosel, Val d’Orcia…), l’implantation de la vigne sur coteau permet de cultiver le raisin dans des conditions optimales tout en réduisant l’usage des traitements phytosanitaires, une préoccupation grandissante aujourd’hui.
Le sol, c’est le socle du vin. Mais entre le sommet d’une colline et le bas du coteau, les différences sont souvent spectaculaires.
Dans le Beaujolais, ces nuances s’expriment crû par crû. La Côte du Py, à Morgon, doit son caractère à sa roche mère, très présente grâce à la pente ; le climat de la Rochegrès à Moulin-à-Vent doit sa renommée à la finesse de ses arènes granitiques, présentes en altitude.
Le terme de terroir ne se limite pas à la nature du sol. Il englobe la combinaison du sous-sol, du relief, du climat local, de l’exposition et du savoir-faire humain. Sur les coteaux et collines, tout s’intensifie : l’interaction entre ces facteurs mène souvent à une plus grande complexité des vins.
Cultiver la vigne sur coteau est exigeant ! Cela implique une adaptation constante : enjambeurs spécialisés, vendanges 100% manuelles dans les parties les plus abruptes, des gestes souvent ancestraux pour limiter l’érosion ou favoriser l’enherbement sélectif. Cette « culture héroïque », on la retrouve de la Vallée du Douro (Portugal) aux coteaux de Condrieu (Vallée du Rhône).
À Juliénas, par exemple, les parcelles de la Côte de la Bottière peuvent atteindre 40% d’inclinaison, rendant tout mécanisme motorisé impossible. Ici, chaque raisin récolté est le fruit d’un engagement et d’un savoir-faire qui se transmet de génération en génération.
Les collines et coteaux ne conditionnent pas uniquement la qualité du vin : ils forgent aussi l’identité même des paysages viticoles, façonnant l’architecture humaine et naturelle. L’UNESCO n’a pas choisi au hasard de classer les climats de Bourgogne ou les paysages viticoles de Saint-Émilion au Patrimoine Mondial : ce sont la rencontre du relief, de la pierre, de la vigne et des hommes qui donnent à ces sites leur valeur exceptionnelle (source : UNESCO).
En Beaujolais, les célèbres Pierres Dorées, petites maisons de vignerons perchées sur les collines, témoignent de cette symbiose entre architecture locale, vie rurale et paysage viticole. Le Mâconnais n’est pas en reste avec ses hameaux accrochant la lumière sur les pentes du Mont de Pouilly ou de Vergisson.
Si la culture de la vigne en pente réclame une énergie et un savoir-faire spécifiques, elle offre aussi des atouts face aux enjeux actuels :
À l’heure où la valorisation de l’origine, la préservation des sols et la qualité environnementale deviennent des enjeux primordiaux, la culture sur collines et coteaux illustre la pertinence ancestrale de ce choix de terroir.
Pour qui souhaite comprendre les vins d’ici, visiter les collines du Beaujolais, du Mâconnais, ou de toute région viticole, c’est plonger au cœur de ce qui fait la magie du vin : un subtil équilibre entre la nature et l’action humaine. Observer le rang de vigne qui épouse la courbe du coteau, sentir le vent sur les hauteurs, goûter la tension d’un vin né sur le roc… tout cela fait partie de l’expérience viticole, unique à chaque colline.
Les collines et coteaux incitent à la découverte, à l’éveil des sens et à la compréhension de ce que le vin peut offrir de plus singulier. Alors, lors de votre prochaine escapade, n’hésitez pas à vous aventurer hors des sentiers battus, admirer ces pentes sculptées par des siècles de travail, et poser un regard neuf sur ce relief si essentiel à la viticulture locale.
Sources et ressources :
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