Beaubourg Wine Tour Évasion Viticole

Beaubourg Wine Tour Évasion Viticole

Comprendre l'importance des collines et coteaux dans la réussite des vignobles

Voyage au cœur des vignobles du Beaujolais et du Mâconnais

22 novembre 2025


Des paysages façonnés par la vigne et le relief

Lorsqu’on sillonne le Beaujolais ou le Mâconnais, difficile de rester insensible à la beauté des paysages vallonnés. Mais ce relief en apparence bucolique n’est pas qu’un décor : il façonne l’identité même des vins de nos régions. À l’origine, l’homme s’est installé sur ces collines et coteaux pour y cultiver la vigne, guidé par des raisons aussi pratiques que gustatives. Aujourd’hui, il est reconnu que plus de 80 % des plus grands vignobles mondiaux s’étendent sur des pentes : de la Bourgogne à la Vallée du Rhône, des coteaux de Champagne aux terrasses escarpées du Douro (source : Institut National de l’Origine et de la Qualité, INAO).

Mais quels sont ces avantages qui rendent les collines et coteaux presque indispensables à la viticulture ? Entre influences climatiques, effets sur la maturation du raisin, lutte contre les maladies et identité du terroir, explorons ces aspects qui font toute la différence.

Un microclimat sur-mesure : l’allié naturel de la vigne

Le relief n’est pas un simple décor de carte postale : il multiplie les microclimats, permettant à chaque parcelle de vigne de révéler son caractère propre.

  • Exposition au soleil : les pentes orientées sud ou sud-est captent un maximum de lumière et de chaleur, essentiel dans des régions tempérées. À titre d’exemple, en Beaujolais, la température sur une pente bien exposée peut différer de 2 à 3°C par rapport à la vallée : un facteur décisif pour la maturité du raisin (source : INRAE).
  • Lutte contre le gel et le brouillard : L’air froid s’écoule vers les bas-fonds, limitant l’impact des gelées printanières sur les coteaux supérieurs. Idem pour l’humidité : les brouillards matinaux stagnent en fond de vallée, là où les maladies se développent plus volontiers.
  • Ventilation naturelle : Sur les pentes, un léger courant d’air est quasi permanent. Il préserve la qualité sanitaire des grappes, limite le développement de champignons comme le mildiou ou l’oïdium (Observatoire Viticole).

Dans le Mâconnais comme dans bien d’autres régions viticoles réputées (Mosel, Val d’Orcia…), l’implantation de la vigne sur coteau permet de cultiver le raisin dans des conditions optimales tout en réduisant l’usage des traitements phytosanitaires, une préoccupation grandissante aujourd’hui.

Des sols révélés et sublimés par la pente

Le sol, c’est le socle du vin. Mais entre le sommet d’une colline et le bas du coteau, les différences sont souvent spectaculaires.

  • Drainage naturel : L’eau glisse plus facilement sur une pente, évitant les excès d’humidité, qui pourraient nuire à la vigne. C’est particulièrement précieux lors des épisodes de fortes pluies ou au sortir de l’hiver.
  • Appauvrissement contrôlé : Les sols, plus minces sur le haut des collines, sont moins fertiles, forçant la vigne à puiser profondément ses ressources. Ce stress hydrique léger concentre les arômes et donne naissance à des raisins plus riches et équilibrés.
  • Érosion créatrice de diversité : L’érosion, loin d’être uniquement néfaste, amène sur un même coteau une mosaïque de sols : granit, schiste, calcaire ou argiles se côtoient, parfois sur quelques centaines de mètres. Le Climat – au sens bourguignon du terme – prend tout son sens ici, chaque « clos », chaque parcelle posée sur une petite colline pouvant donner un vin au profil singulier (source : Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne).

Dans le Beaujolais, ces nuances s’expriment crû par crû. La Côte du Py, à Morgon, doit son caractère à sa roche mère, très présente grâce à la pente ; le climat de la Rochegrès à Moulin-à-Vent doit sa renommée à la finesse de ses arènes granitiques, présentes en altitude.

La pente, un facteur déterminant pour l’expression du terroir

Le terme de terroir ne se limite pas à la nature du sol. Il englobe la combinaison du sous-sol, du relief, du climat local, de l’exposition et du savoir-faire humain. Sur les coteaux et collines, tout s’intensifie : l’interaction entre ces facteurs mène souvent à une plus grande complexité des vins.

  • Complexité aromatique : Des analyses récentes menées dans le vignoble bourguignon ont montré que les pentes présentaient une diversité plus élevée de composés aromatiques que les parcelles de plaine (Revista Oeno-One, 2022). Cela se traduit dans le verre : plus de nuances, de profondeur et de relief dans les arômes.
  • Typicité des crus : Sur une même colline, trois parcelles exposées différemment pourront donner des vins nettement distincts, même plantées du même cépage. C’est ce qui explique les différences entre un Juliénas « Côte de Bessay » (plein sud) et un « La Bottière », plus à l’est, en Beaujolais.
  • Biodiversité accrue : Les collines accueillent souvent une flore et une faune plus variées qu’en plaine, grâce à la diversité des sols, des expositions et du microclimat : une richesse qui influe, elle aussi, sur le caractère des vins par l’influence sur la vie microbienne du sol notamment (source : Viticulture Durable - CIVB).

L’homme et la pente : transmission, savoir-faire et adaptation

Cultiver la vigne sur coteau est exigeant ! Cela implique une adaptation constante : enjambeurs spécialisés, vendanges 100% manuelles dans les parties les plus abruptes, des gestes souvent ancestraux pour limiter l’érosion ou favoriser l’enherbement sélectif. Cette « culture héroïque », on la retrouve de la Vallée du Douro (Portugal) aux coteaux de Condrieu (Vallée du Rhône).

À Juliénas, par exemple, les parcelles de la Côte de la Bottière peuvent atteindre 40% d’inclinaison, rendant tout mécanisme motorisé impossible. Ici, chaque raisin récolté est le fruit d’un engagement et d’un savoir-faire qui se transmet de génération en génération.

  • Protection contre l’érosion : les viticulteurs plantent des haies, entretiennent des murets (appelés chemins de rome en Beaujolais), pratiquent l’enherbement pour maintenir la terre en place et diversifier la faune auxiliaire.
  • Valorisation du travail manuel : la cueillette à la main sur les fortes pentes limite le tassement du sol et assure une sélection rigoureuse de la vendange, permettant d’obtenir une matière première d’une qualité irréprochable.

Un patrimoine paysager et culturel unique

Les collines et coteaux ne conditionnent pas uniquement la qualité du vin : ils forgent aussi l’identité même des paysages viticoles, façonnant l’architecture humaine et naturelle. L’UNESCO n’a pas choisi au hasard de classer les climats de Bourgogne ou les paysages viticoles de Saint-Émilion au Patrimoine Mondial : ce sont la rencontre du relief, de la pierre, de la vigne et des hommes qui donnent à ces sites leur valeur exceptionnelle (source : UNESCO).

En Beaujolais, les célèbres Pierres Dorées, petites maisons de vignerons perchées sur les collines, témoignent de cette symbiose entre architecture locale, vie rurale et paysage viticole. Le Mâconnais n’est pas en reste avec ses hameaux accrochant la lumière sur les pentes du Mont de Pouilly ou de Vergisson.

Des défis techniques mais des atouts pour l’avenir

Si la culture de la vigne en pente réclame une énergie et un savoir-faire spécifiques, elle offre aussi des atouts face aux enjeux actuels :

  • Adaptation au changement climatique : Les pentes, mieux ventilées, moins exposées au gel et choisies pour leur orientation, permettent de limiter les excès liés aux sécheresses et aux canicules.
  • Résilience agronomique : Le drainage naturel et la diversité des sols aident la vigne à mieux résister aux extrêmes climatiques.
  • Favoriser le développement durable : Un bon positionnement sur le relief permet de pratiquer une viticulture moins interventionniste, plus attentive au vivant.

À l’heure où la valorisation de l’origine, la préservation des sols et la qualité environnementale deviennent des enjeux primordiaux, la culture sur collines et coteaux illustre la pertinence ancestrale de ce choix de terroir.

Perspectives et inspirations à découvrir

Pour qui souhaite comprendre les vins d’ici, visiter les collines du Beaujolais, du Mâconnais, ou de toute région viticole, c’est plonger au cœur de ce qui fait la magie du vin : un subtil équilibre entre la nature et l’action humaine. Observer le rang de vigne qui épouse la courbe du coteau, sentir le vent sur les hauteurs, goûter la tension d’un vin né sur le roc… tout cela fait partie de l’expérience viticole, unique à chaque colline.

Les collines et coteaux incitent à la découverte, à l’éveil des sens et à la compréhension de ce que le vin peut offrir de plus singulier. Alors, lors de votre prochaine escapade, n’hésitez pas à vous aventurer hors des sentiers battus, admirer ces pentes sculptées par des siècles de travail, et poser un regard neuf sur ce relief si essentiel à la viticulture locale.

Sources et ressources :

  • Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO)
  • INRAE – Études sur l’impact du relief sur le vignoble
  • Observatoire Viticole Beaujolais
  • Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB)
  • Revista Oeno-One, 2022 “Cultural and topographic influence on wine aroma profiles”
  • Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) – Dossier Viticulture Durable
  • UNESCO – Classifications du patrimoine viticole

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